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07.03.2007

Gratuit, du déploiement de l’économie numérique

Olivier Bomsel est professeur d’économie industrielle l’Ecole des mines et chercheur au Cerna (le labo d’Economie industrielle de l’ecole). Synthèse de dix ans de travaux, son livre Gratuit, du déploiement de l’économie numérique, ambitionne de mettre à portée du plus grand nombre les mécanismes économiques en jeu dans les industries numériques, autrement dit les industries traitant de l’Information. Sa thèse : « le gratuit ne résulte pas de l’abaissement des coûts, mais de logiques de création de marchés à effets de réseau. Les effets de réseau sont des mécanismes par lesquels plus un produit est utilisé et plus il est utile à chaque consommateur. Ce processus requiert de créer des masses critiques d’utilisateurs, qui seront générateurs d’utilité croissante. »
Combinés aux économies d’échelles les effets de réseau permettent le déploiement de nouvelles technologies à condition que les acteurs de l’économie numérique atteignent rapidement des masses critiques d’utilisateurs. Pour ce faire, le gratuit va subventionner les premiers consommateurs. Dès lors, chaque nouvelle application doit trouver son mode de subvention : par exemple le haut débit par le P2P donc les contenus, la téléphonie mobile par les appels entrants du fixe, etc. Quoiqu’il arrive, la gratuité de l’immatériel est un leurre et chacun paie pour son ordinateur, son forfait mobile, ses textos, sa licence d’exploitation d’un système d’exploitation, etc, les utilités gratuites qu’il obtient par ailleurs.


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Bien qu’abordé de manière rapide dans son livre, l’information, au sens journalistique du termes et les modèles liés aux médias font bien évidemment sens lorsque l’on parle de gratuit. Sur ce thème de la presse et des médias Olivier Bomsel a un avis étonnant glané à l'occasion d'une interview.
« Ce qui est très nouveau c’est que la catégorie même d’information change radicalement après l’invention du bit et donc, on va être amené à appeler information tout ce qui s’écrit en bit. Ce qui obligera à revoir pour l’ensemble des biens informationnels ce que sont les caractéristiques économiques de ces biens. Nous serons obligés de faire beaucoup plus de micro économies de ces biens informationnels que l’on en faisait avant. D’autant moins en France qu’on considérait que la presse était quasiment une institution publique, que les biens culturels n’étaient pas une marchandise, mais relevait de l’exception culturelle et tout d’un coup on découvre qu’il y a une économie nouvelle de l’information qui apparaît ! »
- Ce qui oblige à tout revoir ?
- OB : Du moins Cela oblige à reformuler ce que sont les fondements économiques de l’identification et de la valorisation des biens informationnels. D’une part pour chaque type d’info plus ou moins spécifiques il s’agit d’étudier sa valorisation et son utilité pour le consommateur et puis ensuite il s’agit d’examiner les modèles tarifaires accessibles pour valoriser ces utilités. Vous pouvez décider selon la structure de vos marchés, selon l’utilité que vous distribuez, que vous allez la faire payer, créer un marché à deux versants financé par la publicité en insérant d’autres informations dans l’information que vous distribuez. Je pense que tous les acteurs économiques de ce que l’on appelait jadis les médias, des biens informationnels associés à des supports sont en train de réfléchir à ce qu’est plus profondément l’économie de leur information ou des informations qu’ils fabriquent, que des modèles plus raffinés vont apparaître.
- La principale révision aujourd’hui pour la presse consiste le plus souvent à tenter de monétiser leurs archives
- OB : Qui est une utilité tout comme l’actualité, et les deux ne sont pas tarifées au même prix. De plus, ils ont du mal à tarifer leurs archives parce qu’elles sont concurrencées par d’autres archives.
- D’où votre thèse selon laquelle la presse n’est pas assez concentrée !
- OB : Oui, mais par exemple si on prend le domaine des archives, est-ce que les fabricants d’archives n’ont pas intérêt à s’interconnecter, la tribune et les échos a faire base commune et donner au consommateur l’accès à une base plus large. Il y a des effets de réseau à trouver. La question de la concentration reste ouverte, nous n’en sommes qu’au début. Quand une catégorie n’est plus opérante il faut accepter de la casser et en proposer d’autres. De toute évidence la catégorie de diversité est une espèce de fourre-tout. Donc il faut d’une certaine façon la remplacer par la différenciation des utilités, ou la capacité à discriminer des demandes très nombreuses. En soi la diversité n’est pas une catégorie économique, la différenciation en est une, la discrimination des préférences aussi.
- A l’heure du journalisme citoyen, des blogs, la presse souffre aussi d’un manque de lecteurs, partant de crédibilité semble-t-il ?
- OB : Cela tient au mode de fonctionnement des médias. Pour faire simple, beaucoup de la valeur ajoutée de la presse en France a été aspirée par l’étape de fabrication, et ce au détriment des auteurs. Les organes de presse se sont structurés autour de l’ego de quelques dirigeants qui n’ont pas valorisé les signatures. Les stratégies industrielles n’ont pas été des stratégies d’auteur, mais de survie et d’influence politique. Justement parce qu’on dit beaucoup trop en France dans cette idée que tout est politique et que la politique peut tout. Ce qui est faux bien sûr.
- Auteurs, donc journalistes ?
- OB : Oui, En France il y a très peu de grandes signatures éditoriales et les journalistes, les auteurs, sont moins bien rémunérés que dans les pays anglo-saxon. Cela tient bien évidemment à la taille des marchés, mais aussi au modèle économique de la presse qui a pour objet de faire connaître au consommateur le point de vue de personnes identifiées. Et c’est précisément les auteurs qui valorisent par leur valeur ajoutée l’information transmise. La dépêche AFP est un produit de commodité, si vous n’avez pas derrière un expert, un auteur qui la passe au crible d’un jugement individué et identifié par un consommateur, ça ne vaut pas grand chose.

Pour passer à l’acte, Olivier Bomsel met sur pied au sein de l’Ecole des Mines un master d’Economie Industriel des Médias qui devrait voir le jour en 2008.