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22.10.2007

Indépendance de la presse...laquelle ?

Commentaire recueilli sur la note consacrée à la Tribune : "A qui le tour ? Quel journal sera à son tour poussé vers la touche par un actionnaire qui ne réalise qu'une part minime de ses ventes dans la presse ? Bernard Arnault aura bientôt un monopole de l'information économique quotidienne. Il est temps de réagir et de faire circuler la pétition pour l'indépendance des rédactions. Vous la trouverez à cette adresse: www.intersj.info"

Merci Nicolas pour ce lien.

Intéressante cette pétition: A 21H24 ce jour, sur 2611 signatures 180 journalistes -sur les 37 000 encartés en France -....Pour une mobilisation intersyndicale c'est énorme...Je sais c'est un peu cynique, mais tellement symptomatique du comportement de la profession. Personnellement je fais partie de ces personnes qui ne croient plus du tout en l'indépendance de la presse papier en France, (pour rester sur ce seul segment). Bien sûr pour des raisons de concentration dans un premier temps. Quand 75% de la presse appartient à des capitaines d'industrie, les diverses lignes éditoriales ne peuvent en être que sous pression, implicite ou explicite. Inutile de multiplier les exemples, même les moins avertis des lecteurs s'en rendent compte. Faut-il rappeler pour La Tribune le retrait du titre de Une sur Ségolène Royale faisant état d'un sondage qui lui était favorable ? Ou plus récemment Lagardère expliquant dans le JDD qu'il ne savait rien pour EADS (il aurait peut-être pu l'expliquer dans un journal qui ne lui appartient pas, juste pour une histoire de crédibilité), Genestar viré de Paris-Match pour l'affaire Cécilia etc etc.
Entre les Echos et La Tribune, honnêtement à part leur seuil de rentabilité respectifs et le traitement formel, je ne vois pas grande différence dans l'orientation des contenus. Côté pluralité il y a sans doute de meilleurs exemples (là tout de suite je n'en vois pas)

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Bien sûr les journalistes sont aussi responsables. Responsables d'une autocensure bien comprise. Le décalage parfois entre l'agressivité des journalistes aux conférences de presse et le rendu dans les articles est le plus souvent confondante. A leur crédit, les relations presse ont super bien travaillé pour noyer le poisson de l'information et diriger, disons influencer, habilement les contenus à venir en livrant de pseudos-infos sur un concurrent ou sur une piste éventuelle à suivre ("mais bon je t'ai rien dit c'est en off"). C'est tellement plus facile que de creuser et prendre du temps. Il est vrai toujours au crédit des journaliste que le temps leur est compté, la productivité fait partie des variables à prendre en compte pour le « reporting » des chefs de service (modèle AT Kearney). Disposer d'une semaine, un mois ou plus pour enquêter c'est devenu un luxe que de rares supports peuvent s'offrir ( en France je vois pas non plus). Responsables aussi du consensus mou, le réflexe panurgesque et mimétique prenant le pas sur l'interrogation et l'étonnement, voire même la curiosité.
On a beau jeu de dénoncer Internet, le "journalisme citoyen", les blogs pour accuser l'érosion du lectorat, partant la difficulté à être à l'équilibre. C'est passer un peu vite sous silence aussi le cercle infernal entre annonceurs et éditeurs. Fonder l'équilibre économique sur les campagnes publicitaires (merci Monsieur Girardin) pour pérenniser un titre oblige forcément à quelques concessions, toujours implicites ou explicites. Dans le cas de la presse féminine par exemple ce serait plutôt explicite, imaginez une seconde un grand hebdo se passer de Loréal ? Ce serait un peu comme si la presse informatique (ou ce qu'il en reste) devait se passer d'IBM. Inimaginable.
Du coup les articles sur l'industrie cosmétique on en compte très peu...très très peu. Certes certains journaux se passent de pub. Le monde diplo, le Canard, Alternatives Economiques pour les principaux. En contrepartie d'un vrai parti-pris éditorial et de fonctionnement et une orientation très marquée. Parlant du coup aux lecteurs qui sont dans la même communauté de pensée et les renforçant dans leur croyance. C'est un créneau. Derniers arguments, la distribution et la presse gratuite. Inutile de revenir sur ces deux là, des milliers d'articles sont consacrés au sujet.
Entre écrits convenus et propos convenants entre amis, comment s'étonner que la presse soit fragilisée et à la merci du premier LBO ou rachat venu ? L'audience n'est pas plus bête que les journalistes, quitte à dépenser de l'argent pour lire des inepties, autant lire la presse people. Il n'y a pas de surprise, elle correspond aux attentes.
Mais bon, je vais la signer cette pétition :-)

Commentaires

Combien de temps les journalistes vont-ils encore supporter des quotidiens qui ne maitrisent ni leurs coûts de fabrication ni leur système de distribution ?
avec 2% de taux de marge on est fatalement à la merci d'un rachat, peu
importe l'indépendance de la rédaction.

Ecrit par : xtph | 22.10.2007

Absolument, c'est bien pour ça que toutes les analyses des économistes convergent vers toujours plus de consolidation, selon eux inévitable. C'est vrai du papier, mais aussi des sites internet là aussi pour des raisons de modèle économique et de masse critique.
En dernier ressort, qui faut-il blâmer ? Les éditeurs, les journalistes,les corporatismes, les lecteurs ? Un peu tout le monde ? Vaste sujet.

Ecrit par : Fabrice | 23.10.2007

- Sur la marge à 2%: tout à fait d'accord. S'il y a bien un business qui a besoin de solidité économique, c'est le business des médias, par respect pour les lecteurs et auditeurs à qui on doit un contrat de confiance durable dans le temps.

Mais qui maintient les marges faibles ou négatives ?
Les industriels... qui utilisent ces médias comme instrument d'influence et jouent sur les pertes pour faire un chantage à l'emploi aux journalistes... sachant que la presse n'est pour eux bien souvent qu'une activité très marginale.

Il y a des journaux très rentables et ce sont justement les très rares journaux indépendants: Marianne, le Canard Enchaîné, le Monde Dipomatique. Chacun de ces 4 journaux tire à un demi-million d'exmplaires.

Mais avant même de les ouvrir, leurs lecteurs ont déjà un esprit formaté par toutes les âneries qu'ils ont lu dans une presse quotidienne aux ordres et agonisante.

Ecrit par : nicolas | 27.10.2007

La pétititon en est à 3750 signatures (1100 de plus en trois jours), dont 640 journalistes (pigiste, rédacteurs en chef, webmestre, JRI inclus) et non plus 180...

Ecrit par : nicolas | 27.10.2007

Plusieurs remarques.

Sur l'article, l'auteur dit ne pas voir la "différence dans l'orientation des contenus" entre la tribune et les echos. D'abord, "oritentation des contenus" ne veut pas dire grand chose. Ensuite, si on parle de traitement des infos sujettes à conflit avec les intérêts de Bernard Arnault, l'auteur a signalé les manquements dans leur couverture par la tribune, alors qu'à ma connaissance personne n'a fait de genre d rerpoche aux echos, donc différence il y a bel et bien. J'attire aussi l'attention des lecteurs sur le traitement pour le moins prudent, pour ne pas dire minimaliste, du scandale EADS par le journal de M. Arnault, ami et allié de Lagardère, au point que chacun a longtemps siégé au conseil d'administration de l'autre...
Sur les commentaires sur la rentabilité : même si les echos étaient plus rentables, Arnault aurait largement les moyens de payer un forte prime (au dessus de la valeur économique) pour acheter le journal et s'en servir comme instrument d'influence. Pour l'en empecher il existe deux outils principaux :
- la pression de la société (par exemple, croyez-vous que les lecteurs, notamment la city londonienne, laisseraientt Pearson, également propriétaire des echos, vendre le financial times à Unilever ?). notr eproblème, c'est que l'opinion publique française, qui plébiscite TF1, ne se soucie guère de la liberté de la presse. Sur ce point, on est plus près de l'Italie de Berlusconi que des pays anglo-saxons, auxquels on adore donner des leçons.
- le cadre légal et les codes éthiques (qui pourraient par exemple préciser que les propriétaires de journaux ne doivent pas avoir de lien privilégiés avec des responsables politiques, comme Arnault témoin de mariage de Sarko et Bouygues parrain de son fiston...). Par exemple, l'ex-Modem JC Lagarde (députe du 93) a déposé un projet de loi pour que les entreprises qui font plus de X % de leur chiffre d'affaires grâce aux contrats publics ne puissent détenir des médias, c'est loin d'être suffisant mais ça irait dans le bon sens...si ça passait, ce qui ne sera pas le cas avec l'assemblé godillote que nous avons.

CONCLUSION : Renvoyer la "faute" sur les journaux et les journalistes, c'est un faux-fuyant. Cette situation arrange trop de gens et d'intérêts puissants pour être de leur seul ressort, comme l'explique fort bien Nicolas ci-dessus : ce sont les industriels, avec la complicité, voire l'aide des politiques, qui maintiennent la presse écrite dans cet état d'indigence. Ce qui ne nous dispense pas de faire tout notre possible pour améliorer l'attrait de nos journaux et la qualité de l'information qu'ils proposent, bien au contraire !

Ecrit par : benjamin | 31.10.2007

Quand je parle d'orientation de contenus, les mots sont justes. Les deux quotidiens défendent une ligne éditoriale libérale bon teint et en ce sens ont des contenus orientés. C'est une constatation, pas un jugement, mais cette ligne commune ne peut passer pour du pluralisme de discours...Sur le reste je suis d'accord avec Benjamin, mais dénoncer les patrons de presse revient à tirer sur l'ambulance. C'est évident que les intérêts sont bien intriqués. Mais parfois je me dis qu'une remise en question des journalistes, celà peut aussi faire du bien, même s'ils sont totalement impuissants quant à la destinée de leur titre.

Ecrit par : Fabrice | 02.11.2007

Dans n'importe quel grand pays démocratique, le gouvernement aurai déjà saisi la Commission de la concurrence.

Hier, trois députés ont demandé à la ministre Camille Albanel de la faire, à l'assemblée. Elle n'a répondu à aucun des trois... Manque d'arguments ?

Voici le lien pour lire l'échange, il est édifiant

http://www.assemblee-nationale.fr/13/cra/provisoire/netprovi.asp

C'est pouquoi signer la pétion "gardarem lou libertad", pour la liberté de la presse et l'indépendance des rédactions est vital! Signez les amis !

www.intersj.info


L'échange au parlement mardi 6 novembre:

M. Bruno Le Roux – Allez-vous saisir le Conseil de la concurrence ? Répondez !

Mme Christine Albanel, ministre de la culture – Ces garanties ont été données au cours de la procédure : maintien des effectifs pendant deux ans, nomination d’un directeur de la rédaction pendant cinq ans, clause de cession favorable aux journalistes…

M. Christian Bataille – Le Conseil de la concurrence !

Mme Christine Albanel, ministre de la culture – Il s’agit de garanties de bon sens, car aucun actionnaire ne voudrait ruiner la crédibilité d’un journal acheté à grands frais. Et c’est d’ailleurs une bonne nouvelle que la presse écrite attire encore de tels investissements.

Dans cette affaire, l’État a pleinement joué son rôle…

M. Michel Sapin – Et le conseil de la concurrence ?

Mme Christine Albanel, ministre de la culture – Nous ne vivons ni dans un État autoritaire, ni dans une économie administrée, mais bien au sein d’un État de droit démocratique et pluraliste qui respecte l’économie de marché ; de ce point de vue, nos valeurs ne sont pas en péril.

Ecrit par : Nicolas | 07.11.2007

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