22.05.2007
Journalistes Off Shore
Imaginez des articles sur le conseil général de Poitou-Charente écrits depuis Bangalore par des journalistes indiens. Malgré le caractère inimaginable de la chose, c'est pourtant ce que relate Rob Preston d'Information Week dans une note récente.
Le site de news locale, Pasadena Now fait ainsi appel à deux journalistes, l''un à Bangalore, l'autre à Monbai, pour couvrir l'actualité du conseil municipal de Pasadena...Depuis le temps que l'on voit passer des publicités de fournisseurs de contenus off shore, cela devait bien arriver. Après tout les centres d'appels, écritures de programmes, fabrication de biens manufacturés, l'off-shore n'a pas de limites, à l'heure où l'on évoque les modèles économiques de la presse, la rationalisation économique passe aussi par une baisse des coûts. De toute façon l'audience est en chute libre, où est le problème ? Trêve d'ironie, une limite est franchie, comment imaginer un seul instant, quelle que soit la qualité des journalistes indiens en question, qu'ils peuvent couvrir avec pertinence les délibérations d'un conseil municipal ? Quel esprit malade a pu avoir cette idée ? Pourquoi pas les élections françaises couvertes par des journalistes Kazaks pour Libération (qui ne va pas très bien non plus) ? Celà dit, le débat sur les connivences entre journalistes et politiques tournerait court...
L'article est là
10:36 Publié dans Questionnement | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Information Week, Kazaks, Bangalore, Off Shore, Pasadena Now
07.03.2007
Gratuit, du déploiement de l’économie numérique
Olivier Bomsel est professeur d’économie industrielle l’Ecole des mines et chercheur au Cerna (le labo d’Economie industrielle de l’ecole). Synthèse de dix ans de travaux, son livre Gratuit, du déploiement de l’économie numérique, ambitionne de mettre à portée du plus grand nombre les mécanismes économiques en jeu dans les industries numériques, autrement dit les industries traitant de l’Information. Sa thèse : « le gratuit ne résulte pas de l’abaissement des coûts, mais de logiques de création de marchés à effets de réseau. Les effets de réseau sont des mécanismes par lesquels plus un produit est utilisé et plus il est utile à chaque consommateur. Ce processus requiert de créer des masses critiques d’utilisateurs, qui seront générateurs d’utilité croissante. »
Combinés aux économies d’échelles les effets de réseau permettent le déploiement de nouvelles technologies à condition que les acteurs de l’économie numérique atteignent rapidement des masses critiques d’utilisateurs. Pour ce faire, le gratuit va subventionner les premiers consommateurs. Dès lors, chaque nouvelle application doit trouver son mode de subvention : par exemple le haut débit par le P2P donc les contenus, la téléphonie mobile par les appels entrants du fixe, etc. Quoiqu’il arrive, la gratuité de l’immatériel est un leurre et chacun paie pour son ordinateur, son forfait mobile, ses textos, sa licence d’exploitation d’un système d’exploitation, etc, les utilités gratuites qu’il obtient par ailleurs.
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Bien qu’abordé de manière rapide dans son livre, l’information, au sens journalistique du termes et les modèles liés aux médias font bien évidemment sens lorsque l’on parle de gratuit. Sur ce thème de la presse et des médias Olivier Bomsel a un avis étonnant glané à l'occasion d'une interview.
« Ce qui est très nouveau c’est que la catégorie même d’information change radicalement après l’invention du bit et donc, on va être amené à appeler information tout ce qui s’écrit en bit. Ce qui obligera à revoir pour l’ensemble des biens informationnels ce que sont les caractéristiques économiques de ces biens. Nous serons obligés de faire beaucoup plus de micro économies de ces biens informationnels que l’on en faisait avant. D’autant moins en France qu’on considérait que la presse était quasiment une institution publique, que les biens culturels n’étaient pas une marchandise, mais relevait de l’exception culturelle et tout d’un coup on découvre qu’il y a une économie nouvelle de l’information qui apparaît ! »
- Ce qui oblige à tout revoir ?
- OB : Du moins Cela oblige à reformuler ce que sont les fondements économiques de l’identification et de la valorisation des biens informationnels. D’une part pour chaque type d’info plus ou moins spécifiques il s’agit d’étudier sa valorisation et son utilité pour le consommateur et puis ensuite il s’agit d’examiner les modèles tarifaires accessibles pour valoriser ces utilités. Vous pouvez décider selon la structure de vos marchés, selon l’utilité que vous distribuez, que vous allez la faire payer, créer un marché à deux versants financé par la publicité en insérant d’autres informations dans l’information que vous distribuez. Je pense que tous les acteurs économiques de ce que l’on appelait jadis les médias, des biens informationnels associés à des supports sont en train de réfléchir à ce qu’est plus profondément l’économie de leur information ou des informations qu’ils fabriquent, que des modèles plus raffinés vont apparaître.
- La principale révision aujourd’hui pour la presse consiste le plus souvent à tenter de monétiser leurs archives
- OB : Qui est une utilité tout comme l’actualité, et les deux ne sont pas tarifées au même prix. De plus, ils ont du mal à tarifer leurs archives parce qu’elles sont concurrencées par d’autres archives.
- D’où votre thèse selon laquelle la presse n’est pas assez concentrée !
- OB : Oui, mais par exemple si on prend le domaine des archives, est-ce que les fabricants d’archives n’ont pas intérêt à s’interconnecter, la tribune et les échos a faire base commune et donner au consommateur l’accès à une base plus large. Il y a des effets de réseau à trouver. La question de la concentration reste ouverte, nous n’en sommes qu’au début. Quand une catégorie n’est plus opérante il faut accepter de la casser et en proposer d’autres. De toute évidence la catégorie de diversité est une espèce de fourre-tout. Donc il faut d’une certaine façon la remplacer par la différenciation des utilités, ou la capacité à discriminer des demandes très nombreuses. En soi la diversité n’est pas une catégorie économique, la différenciation en est une, la discrimination des préférences aussi.
- A l’heure du journalisme citoyen, des blogs, la presse souffre aussi d’un manque de lecteurs, partant de crédibilité semble-t-il ?
- OB : Cela tient au mode de fonctionnement des médias. Pour faire simple, beaucoup de la valeur ajoutée de la presse en France a été aspirée par l’étape de fabrication, et ce au détriment des auteurs. Les organes de presse se sont structurés autour de l’ego de quelques dirigeants qui n’ont pas valorisé les signatures. Les stratégies industrielles n’ont pas été des stratégies d’auteur, mais de survie et d’influence politique. Justement parce qu’on dit beaucoup trop en France dans cette idée que tout est politique et que la politique peut tout. Ce qui est faux bien sûr.
- Auteurs, donc journalistes ?
- OB : Oui, En France il y a très peu de grandes signatures éditoriales et les journalistes, les auteurs, sont moins bien rémunérés que dans les pays anglo-saxon. Cela tient bien évidemment à la taille des marchés, mais aussi au modèle économique de la presse qui a pour objet de faire connaître au consommateur le point de vue de personnes identifiées. Et c’est précisément les auteurs qui valorisent par leur valeur ajoutée l’information transmise. La dépêche AFP est un produit de commodité, si vous n’avez pas derrière un expert, un auteur qui la passe au crible d’un jugement individué et identifié par un consommateur, ça ne vaut pas grand chose.
Pour passer à l’acte, Olivier Bomsel met sur pied au sein de l’Ecole des Mines un master d’Economie Industriel des Médias qui devrait voir le jour en 2008.
17:55 Publié dans Questionnement | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Olivier Bomsel, Ecole des Mines, Gratuit, ddéploiement de l’économie numérique, journalisme
04.01.2007
Journalisme 3.0
Dans Le Monde du 3 janvier Jean-Pierre Elkabbach prend la parole pour s’interroger sur le journalisme à l’ère du web. Sur le fond pas de grandes nouveautés, mais en revanche un excellent travail de synthèse sur la posture du journaliste dans cet environnement.
Pour résumer. Le journaliste devient « un moteur de recherche », « un modérateur qui aide à faire le tri dans la jungle des contenus », mais qui sait en profiter pour affiner ses angles et enquêtes. Méfiant sur la sagesse des foules, JPE délimite la frontière entre information et propagande et nous livre ce très beau passage, « L’information, elle, ne souffre pas l’à-peu-près. Le journalisme est un métier : il ne consiste pas à ramasser les contenus que d’autres ont bien voulu produire. A quoi servent des journaux qui n’apportent pas de valeur, n’en disent ni plus ni mieux que ce que l’on peut trouver ailleurs avec un bon moteur de recherche ? (…) Plus que jamais c’est le traitement et l’honnêteté de l’information qui font la différence. C’est à sa source qu’il faut aller chercher l’actualité, pas dans la copie de l’existant, ni dans la répétition…. »
Dernière phrase particulièrement intéressante. Un des symptômes de plus en plus perceptibles de l’information sur Internet est celui de sa paupérisation du fait d’une circularité exponentielle dans une fenêtre temporelle réduite. Autrement dit, là où une information mettait une semaine à circuler, quelques heures aujourd’hui suffisent pour qu’elle fasse le tour du globe. Une bonne chose en soi. Sauf que le temps utile de la vérification disparaît et le retour à la source souvent ignoré.
Par ailleurs, pour illustrer ce propos de la paupérisation, l’avènement des moteurs d’agrégations de type Google News, Topix ou autre, est symptomatique d’une réduction de nombre de sujets traités, mais sur un nombre de supports multipliés.
Reste que, tout aussi étonnant et rassurant, près de 45% des sujets traités ont pour source une agence de presse( Reuters, AP ou AFP).
Là où JPE a raison est dans la créativité professionnelle du journaliste.
De modérateur qu’il doit aussi être aujourd’hui, il peut aussi réinventer le signal faible, en voie de disparition d’Internet, et trouver l’information inédite, par son angle et son sujet.
A la sagesse des foules, opposer la prise de risque et l’anticonformisme. Une rigueur créative dans l’exercice du métier peut lui redonner un véritable attrait. Et peut être même à termes les moyens de continuer à l’exercer.
17:35 Publié dans Questionnement | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Journalisme 3.0, Jean-Pierre Elkabbach, Google
02.01.2007
e-magazine, lenouvojournal
En tant qu'amoureux du beau journal à la typo léchée, l'image étudiée et le parangonnage subtil,à l'image d'Egoïste ou Mojo, il serait légitime que la transposition vers le web du format papier suscite un enthousiasme, modéré mais néanmoins réel. Pourtant deux nouveaux exemples me laissent perplexe.
Tout d'abord ce nouveau ejournal, e-france.
L'intention, réaliser un généraliste et à ce titre éditorialiser sur tout et n'importe quoi. Pour l"heure, la ligne éditoriale est encore balbutiante. Tout comme la mise en page, perfectible.
Toutefois, la bonne idée commerciale de ce titre est celle d'un espace de petites publicités cliquables. Sans doute vendue des queues de cerise, le petit côté "espace business" est une intelligente transposition du papier.
Exemple plus abouti, magwerk. Sur la ligne éditoriale et la mise en page pas de souci, journaux d'art, de design et de musique, le bloc est propre, la photo calibrée, du bel ouvrage s'il en est. Seul regret que ce ne soit pas du papier. Sans doute un manque de sensualité alors que c'est l'objet même de ces journaux.
Fervent partisan de ce genre de transposition, il y a malgré tout un je ne sais quoi de manquant, une frustration tactile, une liberté de feuilletage, comme une dictature numérique dans la consultation... Ce presque rien s'il est handicapant dans le cas de certains journaux, n'obère en rien le passage d'opuscule spécialisé à vocation professionnelle à ce type de format, mais sur d'autres types de ligne éditoriale, le sceptiscisme me gagne.
A bien y réflêchir et pour faire écho à une note précédente, ce qui manque est peut-être une mise en scène multimédia. Une transposition sèche du papier sur le web fait perdre en saveur. Une mise en scène plus animée est sans doute la solution à cette frustration.
Pour les curieux.Magwerk est réalisé par la société Pressisblue, une filiale d'Allisblue, spécialisée dans le marketing multimédia multicanal.
Pour les fanas de e-reader, le site de Lorenzo Soccavo est à visiter.
ebonneannée à tous
17:25 Publié dans Questionnement | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : e-france, magwerk, emagazine, pressisblue, Lorenzo Soccavo, nouvolivre

